31.1.26

Fidel Castro : biographie du dirigeant communiste cubain.


Sarah Dieu

Fidel Castro : biographie du dirigeant communiste cubainBIOGRAPHIE FIDEL CASTRO. Révolutionnaire et homme politique cubain, Fidel Castro renverse le pouvoir en place de Batista et gouverne Cuba depuis 1959. Biographie d'un personnage controversé.

Biographie courte de Fidel Castro - Fidel Castro est né le 13 juin 1926 à Colonia Biran (Cuba) et mort le 25 novembre 2016 à La Havane (Cuba). Père de la révolution cubaine contre le gouvernement de Batista, il arrive au pouvoir en 1959 et instaure un gouvernement communiste, anti-nord-américain, auprès notamment d'Ernesto "Che" Guevara et de son frère Raul Castro. Menant une politique de main de fer, il cède sa place à son frère en 2008 et décède en 2016. Marquant l'histoire de Cuba et de l'Amérique latine, il reste un personnage controversé, idéalisé par certains et désigné par d'autres comme dictateur.

Fidel Castro jeune : éveil d'une conscience politique

Fidel Castro jeune
Fidel Castro jeune © AP/AP/SIPA

Né Fidel Alejandro Castro Ruz, le leader communiste cubain connaît une enfance compliquée. Fils illégitime d'un propriétaire terrien et de sa cuisinière, il n'est reconnu par son père qu'à l'âge de 17 ans et prend ainsi le nom de Castro. Envoyé pour ses études à Santiago de Cuba en 1934, Fidel Castro se révèle avoir un tempérament impulsif, un caractère bagarreur. Il apprend cependant la discipline et entre dans l'école jésuite la plus reconnue à La Havane en 1941. Là-bas, il devient un élève appliqué, lisant de nombreux écrits de MarxEngels et Lénine.

Il devient un membre actif des mouvements étudiants radicaux, son leadership s'affirmant dans ses actes militants. Étudiant à l'université de La Havane, Fidel Castro fait des études de droit et sort diplômé en 1945. C'est aussi durant ses années d'études qu'il s'initie à la lutte armée contre les dictatures d'Amérique du Sud. Il part combattre en Colombie et participe à la tentative de soulèvement en République dominicaine. De mai 1947 à 1953, il adhère à un parti nationaliste, le Parti orthodoxe, qui se révèle être un parti anti-nord-américain.

Fidel Castro et la révolution cubaine

En 1952, le général Fulgencio Batista, ancien Président de la République de Cuba, reprend le pouvoir grâce à un coup d'Etat, avec le soutien d'une partie de l'armée. Il instaure un climat de dictature, supprimant la constitution qu'il avait introduite au début des années 40. Fidel Castro fait entendre son opposition et crée le "Mouvement du 26 juillet" en 1953. Acte de résistance contre le régime de Batista, ce mouvement de 123 jeunes attaque la caserne de la Moncada, comptant 400 soldats à son actif. Mais cette attaque est un échec, 24 soldats sont tués. Fidel Castro est arrêté le 1er août. Il se défend lui-même lors de son procès et est condamné à 15 ans de prison. Deux ans plus tard, il est amnistié et s'exile avec son frère, Raul. Pendant ce temps, Batista est de nouveau élu président de la République, sans opposition.

En exil, Fidel Castro continue d'organiser la résistance par le débarquement du Granma. Le yacht de 18 mètres, pouvant accueillir 25 personnes, débarque 82 guérilleros sur la plage de Las Coloradas à Niquero (province de Granma, sud-est de Cuba), le 2 décembre 1956. Après trois jours de marche avec très peu de vivres, les révolutionnaires arrivent à Alegria de Pio et sont surpris par l'armée. Première bataille des rebelles, ils ne sont que 22 survivants lorsqu'ils se replient dans le maquis de la Sierra Maestra. De là, ils entament une guérilla contre l'armée. Batista perd peu à peu le soutien populaire et le soutien des Etats-Unis. Beaucoup de membres de son armée se retournent également contre lui, notamment à cause du comportement des rebelles, qui soignent leurs prisonniers, pendant que les hommes de Batista pendent les corps inanimés des rebelles aux arbres.

Le 31 décembre 1958, le président Fulgencio Batista prend la fuite. Le 8 janvier 1959, les castristes prennent La Havane. Un gouvernement provisoire est mis en place et Fidel Castro devient premier ministre en février. Le gouvernement de Castro fait le choix d'une nationalisation des industries et des banques et réforme l'agriculture. La pauvreté et la pénurie s'installent tandis que l'émigration vers les Etats-Unis explose. L'aide de l'URSS est alors précieuse pour éviter la famine généralisée.

Rapprochement avec l'URSS et conflit avec les Etats-Unis

Fidel Castro se tourne vers le parti dont est membre son frère Raul : le Parti communiste. Les tensions avec les Etats-Unis se font grandissantes lorsque le gouvernement nationalise des industries américaines. En avril 1959, Fidel Castro rencontre le président américain Richard Nixon, celui-ci juge que Castro n'est pas vraiment communiste. Pourtant, le 17 mars 1960, le gouvernement Eisenhower décide de renverser le gouvernement cubain, suite à plusieurs raisons telles que la fin de la livraison de pétrole ou encore l'annulation de la quote-part sucrière cubaine. Le mois suivant, face au refus des raffineries américaines, celui qu'on appelle désormais le "Lider Maximo" signe un accord pour l'achat de pétrole avec l'Union soviétique et nationalise les raffineries. Les Etats-Unis répondent par l'arrêt de l'importation du sucre cubain, qui représentait une grosse part de l'économie de Cuba. De plus en plus, Fidel Castro se rapproche de l'URSS et signe des conventions avec son homologue Nikita Khrouchtchev, ce qui inquiète le gouvernement américain. 

Les exilés cubains anti-castristes souhaitent faire un débarquement à Cuba et sont soutenus par les Etats-Unis, qui les forment et leur fournissent du matériel. Cependant, les autorités cubaines sont informées de ce débarquement grâce au KGB, aux services cubains et à des agents doubles. Du 17 au 19 avril 1961, les anti-castristes, appelés la Brigade 2506, débarquent sur la plage Giron, nommée "la Baie des Cochons". S'attendant à un soulèvement populaire grâce à ce débarquement, c'est un échec et la brigade est capturée. Castro était présent lors de la bataille. La popularité de Fidel Castro grandit et le 2 décembre 1961, il annonce à la télévision qu'il choisit le communisme. Pendant les années 60, d'autres tentatives par les anti-castristes, formés par la CIA, sont faites en reprenant le modèle de la révolution castriste. Mais le matériel du gouvernement cubain s'est développé grâce à l'approvisionnement en armes lourdes du bloc de l'est. Les tentatives sont donc vaines.

Face à la menace des Etats-Unis pour prendre l'île, Nikita Khrouchtchev a l'idée d'installer des missiles sur l'île de Cuba. Le 15 octobre 1962, les Etats-Unis découvrent la construction des installations lance-missile et le prennent comme une agression et une menace. Ils annoncent donc leur découverte et envoient un embargo sur Cuba. En cas d'invasion de l'île, Khrouchtchev ne souhaite pas réagir par la force nucléaire. Finalement, l'homme politique russe accepte de retirer les missiles à condition que les Etats-Unis n'envahissent pas Cuba et qu'ils retirent leurs missiles Jupiter en Italie et en Turquie. Ainsi le gouvernement américain ne tenta plus d'envahir l'île mais la CIA aurait toujours cherché à assassiner le Lider Maximo.

Le gouvernement Castriste

D'abord ministre de la défense, Fidel Castro devient Premier ministre. Il réhabilite la peine de mort pour les civils, en partie pour ceux qui commettent des délits contre-révolutionnaires et pour les assassins et les anciens partisans de Batista. En 1960, Che Guevara aurait exécuté approximativement 631 personnes et il y aurait eu 70 000 incarcérations politiques. Cuba a également fait des interventions militaires à l'extérieur du pays. D'abord discrètement dans les pays d'Amérique latine à partir des années 1960, puis de manière plus présente et directe en Afrique, envoyant des conseillers militaires au Mouvement populaire de libération de l'Angola. Cuba y envoie ensuite des hommes pour aider lors de la guerre civile angolaise. Cette aide militaire est connue sous le nom de l' "Operacion Carlota". Cuba soutient aussi la lutte contre l'apartheid de Nelson Mandela. Le pays envoie une aide militaire en Ethiopie en 1977. A partir des années 80, des conseillers militaires soutiennent le gouvernement sandiniste du Nicaragua. En avril 2005, Fidel Castro et Hugo Chavez, président du Venezuela, ont mis en œuvre l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA).

Voulant d'abord mettre en place des élections, Fidel Castro change d'avis, estimant que le peuple n'en a pas besoin. En revanche, il met en place des élections pour l'adoption d'une nouvelle Constitution. Le 15 février 1976, elle est adoptée à 97,7%. Le Lider Maximo nationalise les industries et instaure des politiques sociales, telles que la libreta, c'est-à-dire un carnet d'approvisionnement donné à tous les foyers cubains. Il permet d'avoir des produits de première nécessité, à petits prix. Le tourisme (à l'exception des Etats-Unis) favorise l'économie du pays. En ce qui concerne l'éducation et la santé, tout le monde peut y accéder. Fidel Castro s'est engagé à ce qu'il n'y ait plus d'illettrés dans son pays, et le système de santé est de très bonne qualité, au point que Fidel Castro reçoit la médaille de la Santé pour tous par l'OMS. Le PNB par habitant est assez bas et fait de Cuba un pays pauvre mais il faut tenir compte du fait que les habitants ont beaucoup accès à des services gratuits. Avec 49 années d'exercice au pouvoir, Fidel Castro détient le record de longévité à la tête d'un Etat (hormis les rois et reines).

Fidel Castro et Che Guevara 

Fidel Castro et Ernesto Guevara, appelé "el Che", se rencontrent le 8 juillet 1955, à Mexico, où ils trouvent tous deux refuge après leur coup d'éclat : le premier a attaqué la caserne La Moncada le 26 juillet 1953 et le deuxième a assisté, révolté et impuissant, au coup d'Etat mené par la CIA américaine contre le gouvernement progressiste de Jacobo Arbenz Guzman, au Guatemala. Une amitié naît aussitôt entre les deux révolutionnaires, aux idées socialistes et communistes. Ernesto Guevara, argentin, est volontaire pour mener les forces révolutionnaires sur l'île de Cuba et ainsi renverser le dictateur pro-américain Batista. L'expédition préparée par les frères Castro prend forme et la guérilla sévit sur l'île jusqu'à l'accès au pouvoir de Fidel en janvier 1959. Les barbudos (soldats de la révolution cubaine) renversent le dictateur et une répression de ses partisans est mise en place. La mission est confiée par Castro au Che, qui est nommé procureur suprême et supervise plusieurs centaines de procès.

Ces procès font l'objet d'une grande controverse encore aujourd'hui sur leur impartialité, leur légitimité et les exécutions orchestrées par la suite. Puis, Fidel Castro transfère le Che à l'Institut national de la réforme agraire créé pour permettre plus de justice sociale et améliorer le niveau de vie des habitants, ayant beaucoup souffert sous la dictature militaire. C'est là que des accords avec les soviétiques sont passés, signés par le Che au nom du gouvernement de Fidel Castro. Cependant, les idéaux sociaux de la révolution passent à la trappe et sont désormais à l'état d'utopie. Fidel Castro établit un pouvoir absolu et autoritaire, et Che Guevara rêve d'exporter la révolution cubaine dans le monde entier. Lorsqu'Ernesto Guevara meurt en Bolivie en 1967, Fidel favorise le développement du culte de la personnalité autour du Che et fait par exemple établir un immense portrait sur le mur du ministère de l'Intérieur, place de la révolution.

Fidel Castro et Che Guevara
Fidel Castro et Che Guevara © /SIPA

Retrait et mort de Fidel Castro

La santé du "Lider Maximo" se dégrade très fortement et le conduit à démissionner de son poste de chef de l'Etat (qui revient à son frère Raul) en 2008, après une hémorragie intestinale. Le célèbre père de la révolution cubaine, en uniforme vert olive et accompagné de son cigare et de sa barbe légendaires, continue à intervenir régulièrement dans le paysage politique dans les premières années de sa "retraite". Cependant, plus les années passent, et plus Fidel Castro apparaît vieillissant et affaibli. Il meurt le 25 novembre 2016 à l'âge de 90 ans. Il laisse derrière lui un héritage fort de lutte communiste contre l' "impérialisme américain", ainsi que des discours interminables et mythiques. Il est incinéré au matin du 27 novembre et ses cendres parcourent 13 des 15 provinces du pays, un deuil national de neuf jours est également décrété par les autorités. 

Fidel Castro et sa relation avec l'Algérie

Fidel Castro fut très proche de l'Algérie. Il a fait beaucoup pour aider ce pays. Tout d'abord, il a soutenu l'Algérie lors de sa guerre d'indépendance en 1963, en envoyant des médecins cubains pour remplacer les Français. De même, lors de la guerre des Sables, un conflit entre le Maroc et l'Algérie sur la question de la délimitation entre les deux pays, et sur l'ambition du Maroc de créer le "Grand Maroc" (avec une partie de l'Algérie, une partie du Mali, la Mauritanie et le Sahara occidental). Afin de soutenir l'armée algérienne face à celle marocaine, Castro envoie des soldats et des armes. Lorsqu'il vient à Alger pour la Conférence des pays non-alignés (les pays du Tiers monde qui ne souhaitent pas coopérer avec les différents blocs de la guerre froide), il est accueilli avec ferveur. Ainsi, lorsqu'il décède, l'Algérie est en deuil, envoyant Abdelkader Bensalah (deuxième responsable de l'Etat) aux funérailles du Lider Maximo et décrétant un deuil national de 8 jours.

Fidel Castro et la famille Trudeau 

Entre Fidel Castro et la famille Trudeau s'est créé un lien amical. Cela commence en 1976, lorsque le Premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau rend visite à Castro sur l'île cubaine. C'est l'une des premières visites d'Etat d'un chef de gouvernement occidental. Trudeau soutient financièrement Cuba avec 4 millions de dollars et un prêt de 10 millions. La relation amicale se poursuit après la fin du mandat de Trudeau, celui-ci rendant souvent visite à Castro dans les années 1980 et 1990. Puis Fidel Castro fait le déplacement jusqu'à Montréal pour les funérailles de Pierre Elliott Trudeau en 2000.

Lorsque le Lider Maximo meurt à son tour en 2016, c'est le fils de Pierre Elliott, Justin Trudeau, alors Premier ministre canadien, qui rend hommage à Castro dans un communiqué "Nous pleurons avec le peuple de Cuba la perte d'un leader remarquable" et continue "Fidel Castro, leader plus grand que nature, a consacré près d'un demi-siècle au service du peuple cubain. Révolutionnaire et orateur légendaire, M. Castro a réalisé d'importants progrès dans les domaines de l'éducation et des soins de santé sur son île natale. Bien qu'il fût une figure controversée, ses supporters et ses détracteurs reconnaissaient son amour et son dévouement immenses envers le peuple cubain, qui éprouvait une affection profonde et durable pour "el Commandante". 

Cela provoque un scandale mais un phénomène se produit également sur les réseaux sociaux : certains voient entre Fidel Castro et Justin Trudeau un lien de sang. Les internautes, scandalisés par l'hommage, reprennent les propos de Trudeau sur les réseaux sociaux, en intégrant des montages photos. Via ceux-ci, la ressemblance est frappante pour eux. Pour ne plus laisser le doute planer, les arguments se succèdent : le passé sulfureux de Margaret Trudeau est évoqué de nouveau, l'application Faceswap (qui permet d'échanger et mixer deux visages) est utilisée et la taille de Justin Trudeau est pointé du doigt, son père mesurant 1m73, alors que Fidel Castro et lui mesurent dans les 1m90. Mais seul un test de paternité peut prouver la véracité de cette idée fantasque des réseaux sociaux. 

Postérité de Fidel Castro

Fidel Castro est un personnage controversé. Il a ses détracteurs qui voient en lui un dictateur et il a ses partisans qui le considèrent comme un bon homme politique. Contrairement à Che Guevara, il n'y a pas de culte de la personnalité autour du "el Commandante", car il a tenu à ce qu'il n'y en ait pas. Le gouvernement a plus soutenu une certaine admiration pour les martyrs de la révolution, Che Guevara et Camilo Cienfuegos, et pour le héros de l'indépendance José Marti. Image de dictateur pour certains, dû notamment au nombre de prisonniers politiques, il est populaire auprès d'un grand nombre de pays du Tiers monde, en particulier en Amérique latine et en Afrique du Sud. 

Fidel Castro : femmes, maîtresses, enfants, frères et sœurs 

Fidel Castro a deux frères et deux sœurs. Son frère Raul Castro est impliqué à ses côtés dans le gouvernement cubain. Son autre frère, Ramon Castro Ruz, les a aidé lors de la Révolution mais reste ensuite éloigné du milieu politique, préférant l'agriculture. Une de ses sœurs, Juanita Castro, a d'abord soutenu la révolution castriste mais s'est ensuite ravisée à cause des exécutions en grand nombre d'opposants. En 1964, elle part en exil aux Etats-Unis. En octobre 2009, elle révèle avoir travaillé pour la CIA de 1961 à son départ de Cuba. Fidel Castro fut marié à Mirta Diaz-Balart, de 1948 à 1954. Après ce divorce, il ne se remarie pas, estimant qu'il est marié à Cuba. Au cours de sa vie, il a plusieurs maîtresses :

  • Natalia Revuelta, avec qui il a une fille, Alina Fernandez, qui est une vive opposante de son père ;
  • Maria Laborde, avec qui il a un fils, Angel Castro Laborde ;
  • Marita Lorenz, elle vit 9 mois avec lui dans un hôtel Hilton. Enceinte, elle subit un empoisonnement qui l'entraîne dans le coma, elle aura quand même son fils, Andres Vazquez, qui lui a été retiré lors de sa naissance. Elle quitte Cuba et tente de tuer son ancien amant mais c'est un échec ;
  • Célia Sanchez, révolutionnaire et fidèle à Castro jusqu'à sa mort ;
  • Dalia Soto del Valle, avec qui il a 5 fils : Alejandro, Alex, Antonio, Alexis et Angel. 

Six membres de la famille de Castro ont fui Cuba et se sont installés dans le quartier de Little Havana de Miami. 

Entre treillis, Rolex et Adidas : Fidel Castro, un style particulier

Fidel Castro et son treillis
Fidel castro et son célèbre treillis © BAEZ SANTIAGO/SIPA

Fidel Castro a porté, tout au long de sa carrière, le même uniforme vert, un treillis. Au-delà du cigare et de sa barbe, le treillis vert olive représente la révolution et son pouvoir pendant 50 ans. Il est le symbole représentant Fidel Castro. Il est connu également pour avoir souvent porté des survêtements Adidas et deux Rolex au poignet. A partir de sa maladie et de sa retraite, il change de style et passe au survêtement siglé Adidas. La marque révèle qu'elle ne possède pas de partenariat avec Castro, mais en revanche la porte-parole avance une hypothèse dans le Süddeutsche Zeitung : "Pendant des décennies et jusqu'en 2012, l'entreprise a habillé l'équipe olympique cubaine. Dans le passé, Fidel s'est servi dans ce fonds de survêtements et a visiblement répété ce geste aujourd'hui". En ce qui concerne les deux Rolex au poignet, une Daydate et une Submariner, il existe plusieurs hypothèses. La première est que les révolutionnaires, en prenant le pouvoir, se seraient servis dans la succursale de la marque. La deuxième hypothèse serait par pure provocation de la part du Lider Maximo, en portant deux montres de luxe suisses et en prônant la révolution. La dernière hypothèse est en rapport avec l'URSS, grâce à deux montres, il serait à l'heure de La Havane et de Moscou. 

Fidel Castro et Adidas
Fidel castro habillé en Adidas © ESTUDIO/ENFOQUE/SIPA

Citations

  • "Condamnez-moi, peu importe. L'histoire m'absoudra" (16 octobre 1953, lors de son jugement pour l'attaque de la caserne Moncada)
  • "Le socialisme ou la mort, la patrie ou la mort, nous vaincrons" (5 mars 1960, obsèques des victimes de l'explosion du navire français La Coubre dans le port de La Havane)
  • "Nous allons faire notre possible pour être bref " (26 septembre 1960, discours de 4h29 à l'ONU, un record)
  • "Tout dans la Révolution ; hors de la Révolution, rien" (13 mars 1966, discours pour le 9e anniversaire de l'assaut contre le Palais présidentiel)
  • "Ils ont internationalisé le blocus, nous avons internationalisé la guérilla"
  • "Même les morts ne peuvent reposer en paix dans un pays opprimé."
  • "Sans le pouvoir, les idéaux ne peuvent être réalisés ; avec le pouvoir, ils survivent rarement."

Fidel Castro : biographie détaillée en dates clés

13 août 1926 : Naissance de Fidel Castro, homme politique cubain
Fidel Castro, ancien chef d'État cubain, voit le jour le 13 août 1926 à Biran (Cuba). Avec Ernesto Che Guevara, il est le principal chef de la révolution cubaine qui mit fin à la dictature de Fulgencio Batista en 1959. Personnalité controversée, Fidel Castro fut Premier ministre de 1959 à 1976, avant d'être élu président du Conseil d'État en 1976, poste qu'il occupe jusqu'en 2008. En parallèle, il dirige le Parti communiste cubain entre 1965 et 2011.
23 février 1958 : Enlèvement de Fangio à Cuba
Lors du deuxième Grand Prix de Formule 1 de Cuba, le coureur automobile argentin Juan Manuel Fangio est enlevé à son hôtel par des membres du commando révolutionnaire cubain M26. Le rapt est organisé par Faustino Pérez Hernandez sur les ordres de Fidel Castro. Le M26 veut faire prendre conscience au monde entier que la situation politique et sociale de l'île est catastrophique : Cuba, selon eux, ne peut pas se permettre d'organiser un tel événement alors que les Cubains sont opprimés et affamés par la dictature de Fulgencio Batista. Fangio sera séquestré pendant 26 heures, puis libéré devant l'ambassade d'Argentine à la Havane. Durant sa détention, il nouera des liens amicaux avec ses ravisseurs, qui le traiteront avec le plus grand respect.
2 janvier 1959 : Fidel Castro prend le pouvoir à Cuba
Les 82 guérilleros du mouvement révolutionnaire cubain "Movimiento del 26 de julio", emmenés par Fidel Castro (31 ans), prennent La Havane et libèrent Cuba de la dictature de Fulgencio Batista. Fidel Castro prend les rênes du pouvoir et ses compagnons d'armes, Ernesto "Che" Guevara et Camilo Cienfuegos, appellent à la grève générale. Batista et sa famille ont quitté le pays la veille, pour se réfugier en République Dominicaine sous la protection d'un autre dictateur, Rafael Leonidas Trujillo.
16 février 1959 : Cuba : Castro Premier ministre
L'ancien "commandant en chef du Front révolutionnaire démocratique cubain" Fidel Castro devient président du Conseil. Le 2 janvier précédent, les troupes révolutionnaires commandées par Camilo Cienfuegos et "Che" Guevara avaient libéré La Havane de la dictature de Batista. La première mesure du nouveau Premier ministre est d'organiser une vaste réforme agraire pour démanteler le système latifundiaire.
4 janvier 1961 : Rupture des relations américano-cubaines
Suite à la décision de Fidel Castro, ancien commandant de la révolution cubaine promu Premier ministre, de nationaliser les entreprises américaines à Cuba, les États-Unis rompent officiellement avec le gouvernement cubain. Les intérêts économiques américains sont mis à mal et les sanctions ne tardent pas à tomber sur l'île. Les Etats-Unis décideront de faire tomber un embargo sur Cuba et Fidel Castro se tournera alors vers l'Union soviétique.
17 avril 1961 : Le débarquement de la Baie des Cochons
La CIA (Central Intelligence Agency) arme quelques exilés cubains opposés à Fidel Castro et les largue sur la côte cubaine dans le but de renverser le régime. Les troupes cubaines réagissent aussitôt et repoussent la tentative de débarquement dans la Baie des Cochons (au nord de Cuba, à 150 kilomètres des côtes américaines). C'est un important succès pour Fidel Castro, qui, arrivé au pouvoir par les armes à la Havane en 1959, se présente comme le meilleur opposant à l'impérialisme américain. De son côté, Kennedy assume les responsabilités d’une telle déroute et n’accordera jamais plus sa confiance à la CIA.
20 novembre 1962 : La crise de Cuba s'éteint
Après plus d’un mois de tensions entre les Etats-Unis, l’URSS et Cuba, Castro annonce qu’il accepte le retrait des bombardiers soviétiques et Kennedy lève le blocus naval autour de l’île. La crise des missiles fut l'apogée de la Guerre Froide. Khrouchtchev sera rapidement remplacé, et les relations passeront alors dans la phase communément appelée de "détente".
24 février 2008 : Raul Castro succède à Fidel Castro
Malade, Fidel Castro transmet son siège de Président du Conseil d'Etat de la République de Cuba à son frère Raul Castro, souhaitant prendre sa retraite et se reposer. Celui-ci apaise quelque peu les tensions avec les Etats-Unis et ouvre Cuba un peu plus au monde. 
25 novembre 2016 : Décès de Fidel Castro
Après 49 ans au pouvoir, Fidel Castro décède à 90 ans. Il laisse un héritage communiste et anti-impérialisme américain, marquant l'histoire de Cuba et de l'Amérique latine. 

C'était La VIE à l'intérieur de la 'Maison' d'Hitler ..

 Nid d'Aigle

La vie à l'intérieur de la maison d'Adolf Hitler était marquée par un mélange de discipline rigide et d'une routine étonnamment domestique. Dans ses résidences, comme le Berghof dans les Alpes bavaroises ou l'appartement à Munich, régnait une atmosphère contrôlée et hiérarchique où chaque visiteur devait se conformer à des règles strictes. Hitler imposait des horaires et attendait un comportement formel, même lors de réunions apparemment sociales. Tout était conçu pour mettre en valeur sa figure, de la décoration à la manière dont les invités étaient reçus.

À l'intérieur de ces espaces, Hitler montrait des facettes contradictoires. D'un côté, il se présentait comme un homme simple : il portait des robes de chambre, appréciait les conversations informelles avec son cercle rapproché et suivait un régime végétarien assez strict. D'un autre côté, sa personnalité dominante devenait évidente dans la façon dont il monopolisait les conversations, imposait ses opinions et s'assurait que tous prêtaient attention à ses longs monologues. L'intimité dans ses maisons n'était jamais vraiment détendue ; elle était imprégnée du poids de son autorité.

La routine quotidienne était également marquée par la présence de son cercle intime : secrétaires, assistants personnels, gardes SS et quelques amis comme Eva Braun. Au Berghof, les matinées pouvaient commencer par des sessions de lecture de journaux, tandis que les après-midis comprenaient souvent des projections de films, des promenades dans les jardins ou des réunions politiques déguisées en rencontres sociales. Eva Braun essayait de donner un air de normalité avec son goût pour le cinéma, la musique et la photographie, bien que son rôle soit toujours resté en retrait et sous stricte discrétion.

Malgré le confort matériel apparent, la vie dans les maisons d'Hitler était loin d'être tranquille ou familière. L'atmosphère était tendue, chargée de servilité et de peur de le contredire. Les murs qui entouraient ces résidences ne cachaient pas seulement le luxe et l'isolement de leur chef, mais aussi le germe des décisions qui changeraient le destin du monde. Les maisons d'Hitler n'étaient pas de simples foyers, mais des scènes où la routine personnelle se mélangeait à la conception d'un régime dévastateur.

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29.1.26

Le mystère du train de Hitler : Qu’est il arrivé au convoi secret « Amerika »

1937 : Adolf Hitler ordonne la construction d’un monstre d’acier de 400 mètres et 1 200 tonnes – son train personnel codé « Amerika » (plus tard « Brandenburg »). Bien plus qu’un moyen de transport, c’est un quartier général mobile : wagons blindés, salle de bains en marbre, centre de communication, batteries anti-aériennes. Témoin des décisions fatales – invasion de la Pologne, pacte Ribbentrop-Molotov, opérations en Europe – il symbolise le pouvoir absolu du Führer.

De ses voyages triomphaux en 1940 à sa destruction délibérée en 1945 près de Salzbourg, ce documentaire retrace l’histoire complète : spécifications techniques, événements clés (rencontres avec Mussolini, directives de guerre), et le sort des vestiges survivants – wagons recyclés par les Alliés, exposés dans des musées comme le Deutsches Museum ou le Musée des chemins de fer de Nuremberg. Un rappel des mécanismes de la dictature, où la technologie sert la mégalomanie. AVERTISSEMENT : Ce contenu est présenté dans un cadre éducatif et historique. Nous rejetons toute forme de haine, de violence ou d’idéologie extrémiste. Ces événements ne doivent jamais se reproduire. JAMAIS PLUS.


20.1.26

C’était un… 20 janvier..

Résultat de recherche d'images pour "Martyre de Saint Sébastien - Honoré Daumier"

• 288  : mort de Saint Sébastien, martyr.


Né à Narbonne et renonçant à une brillante carrière dans sa patrie, il entra dans l’armée afin de pouvoir plus facilement servir ses frères dans la foi.
Ses grandes qualités le firent bientôt connaître à la cour ; il s’y distingua et devint en peu de temps un des favoris de Dioclétien qui le nomma capitaine de la première compagnie de ses gardes.

Cette position favorisa ses desseins. Bon nombre de chrétiens lui durent de ne pas faiblir devant les supplices. Il fut pour les païens l’occasion d’une foule de conversions : la grâce de Dieu était en lui, et le Ciel confirmait son zèle par les miracles.
Un apostat le trahit enfin, et il fut traduit comme chrétien devant l’empereur. Sébastien parut sans frayeur en face du tyran, et se proclama disciple de Jésus-Christ : « Quoi! lui dit Dioclétien, je t’ai comblé de mes faveurs, tu habites mon palais, et tu es l’ennemi de l’empereur et des dieux? – J’ai toujours invoqué Jésus-Christ pour votre salut et la conservation de l’empire, reprit Sébastien, et j’ai toujours adoré le Dieu du Ciel. » »
L’empereur, écumant de rage, le livra à une troupe d’archers pour être percé de flèches. Tout couvert de blessures, on le laissa pour mort, baigné dans son sang. Mais, recueilli par une dame chrétienne, il fut bientôt providentiellement guéri. Il alla lui-même se présenter devant Dioclétien, qui, stupéfait de le voir, lui dit : « Quoi! Tu es Sébastien, que j’avais ordonné de faire mourir à coups de flèches? » « Le Seigneur, dit Sébastien, m’a guéri, afin de protester, en présence de tout le peuple contre l’injuste persécution dont vous accablez les chrétiens, qui sont les meilleurs et les plus fidèles citoyens de l’empire. »
L’empereur le fit traîner dans le cirque, pour y être assommé à coups de bâton, et Sébastien acheva ici son sacrifice.
On l’invoque avec succès contre la peste et les maladies contagieuses.

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• 1840 : Jules Dumont d’Urville, officier de marine et explorateur français qui mena de nombreuses expéditions, découvre l’Antarctique, le « sixième continent », et offre à la France la Terre Adélie.

• 1951: fin de la bataille de Vinh Yen, en Indochine, qui se conclut par une grande victoire française.

Entamée le 13 janvier, cette bataille opposa les forces de l’Union française à celles du Việt Minh, et se solda finalement par une victoire tactique et stratégique décisive des Français, commandés par le général de Lattre de Tassigny, sur leurs adversaires, menés par Võ Nguyên Giáp.

Cette remarquable réussite de l’Union française marqua un véritable tournant dans le déroulement du conflit, surtout après les événements de la RC 4.

Description de cette image, également commentée ci-après• 1938 : Émile Cohl meurt à Villejuif.

De son vrai nom Emile Courtet et né en 1857, il fut un dessinateur français et est considéré comme l’inventeur du dessin animé.
Il créa le plus ancien dessin animé sur pellicule de cinéma connu à ce jour, Fantasmagorie, qui fut projeté pour la première fois le 17 août 1908, au théâtre du Gymnase à Paris, pour la société Gaumont.

De 1908 à 1923, Émile Cohl réalisa trois cents films (seuls 65 ont été retrouvés à ce jour) , pour la plupart des films précurseurs en matière de cinéma d’animation, puisqu’il maniait avec autant de bonheur le dessin que les allumettes, le papier découpé ou encore les marionnettes, ou les… les citrouilles !
« La créativité tant technique qu’artistique exprimée dans son œuvre connue en font l’un des précurseurs les plus inventifs et les plus importants du septième art. » (wikipedia)

Pendant un moment, il a travaillé avec Edouard Drumont, père du nationalisme français, et réalisé les unes de La Libre Parole illustrée, supplément hebdomadaire illustré au quotidien La Libre Parole.

Son nom a été donné à une distinction qui récompense chaque année un film d’animation : le prix Émile Cohl.
Un square du 12e arrondissement de Paris porte son nom. Jusqu’à quand ?
À Lyon, une école de dessin, l’École Émile Cohl, a été créée en 1984.

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12.1.26

Comment la France a inventé un pays, l’Algérie…

  

Je remercie Louis-Henri de Lignières d’avoir partagé ces « Archives militaires françaises » sur la conquête de ces territoires d’Afrique du Nord par la France en 1830.

Elles nous apprennent un bon nombre d’informations que nous ignorions, NOUS, Président, Gouvernement et peuple de France mais également VOUS, Président, Gouvernement et peuple d’Algérie.

Ce que nous savons c’est que quand l’armée française débarque à Alger, en 1830 : « Elle ne prend ni un État ni un territoire, même pas une entité politique identifiable. Elle saisit une ville corsaire, un beylik côtier sans frontières et sans arrière-pays. »
Ce que nous ignorions c’est que : « L’essentiel de ce territoire, donc environ 80 % de l’Algérie actuelle– sera inventé, mesuré, annexé, puis présenté comme une continuité naturelle. Des territoires sahariens marocains du Touat, du Gourara, du Tidikelt et de Tindouf aux zones prises à la Tunisie, à la Libye, au Niger et au Mali. »

Voici ce qu’en disent les archives militaires françaises : « Elles démontrent comment l’Algérie est passée d’une province ottomane sans nom que les Turcs appelaient « Dar el Dey », un port de corsaires que la France nommera à partir de 1830 « régence d’Alger », à l’Algérie post-indépendance d’aujourd’hui. Elles expliquent comment l’Algérie conquise par la France s’est accaparé les territoires de ses voisins et notamment du royaume du Maroc, et a ainsi évolué d’une superficie de 500 000/700 000 km² à une superficie de 2 381 741 km². Voilà comment ces territoires sont devenus un pays plus grand que la France, l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie et la Pologne réunis.

Ces 500 000/700 000 km² (confirmés par les historiens Julien, Ageron, Ruedy, Kaddache, Merouche), soit 21 % ou 29 % du pays actuel, constituaient un « territoire qui était divisé en trois beyliks indépendants dans leur administration ». Alger, résidence du patron des corsaires et seule apte à payer des impôts aux Ottomans grâce au rançonnage des navires commerciaux qui sillonnaient la Méditerranée. Il n’exerçait aucun pouvoir sur les trois autres beyliks : celui de l’Est (qui sera appelé par les Français beylik de Constantine), de l’Ouest (qui sera nommé beylik d’Oran) et de Titteri (confondu ultérieurement avec la régence d’Alger).

La première imposture commence en 1830. Ce que la France envahit le 5 juillet, ce n’est pas un État, encore moins un espace cohérent et borné. La régence d’Alger n’est pas un État. C’est un port entouré de quelques plaines. Une excroissance ottomane administrée par un dey dont l’autorité ne dépasse guère les murailles d’Alger. Les troupes françaises ne prennent pas un pays : elles prennent une ville dépourvue de souveraineté sur les autres beyliks. « Il n’y a pas de frontière à proprement parler », c’est un « pouvoir urbain côtier appuyé par des garnisons turques qui ne descendent jamais plus loin que Biskra ».

« La souveraineté extérieure de la régence d’Alger s’établit sur un territoire inconnu. Lorsque les Français prennent Alger, ils n’ont aucune idée claire de l’espace qu’ils s’apprêtent à occuper. « On ne sait pas exactement ce que recouvre, ni territorialement ni socialement, le terme devenu ”Algérie”. »

Les Français prennent possession d’un territoire non défini, que les militaires appellent tour à tour « Barbarie », « régence d’Alger », « pays d’Alger », parfois même « Maghreb mitoyen ». Un territoire flou. « Le terme le plus couramment employé par les Français en 1830 est celui de “régence d’Alger”. » Il n’y a aucun État à l’intérieur des terres. Le pouvoir du dey n’existait réellement que dans la ville d’Alger, et se limitait à des relations diplomatiques avec les trois beyliks « en rivalité permanente, gouvernés par des beys autonomes, sans cohésion politique, sans institutions unificatrices ».

La France va donc « inventer un pays », en lui attribuant des contours, une cohérence, un imaginaire, bref : une géographie politique. L’Algérie n’est pas seulement conquise ; elle est fabriquée. Elle naît d’une série de compas plantés sur une carte comme on découperait un gâteau marocain trop tentant pour être laissé entier à son propriétaire.

Construire un territoire : c’est exactement ce que l’Algérie française a fait. Et qu’elle a offert à l’Algérie indépendante, en 1962, qui l’a hérité tel quel, sans correction, et de se proclamer, de manière hautaine, pays-continent.

 Voici le détail chiffré du territoire marocain spolié
L’Algérie française a annexé des terres relevant de la Tunisie, de la Libye, du Mali et du Niger, mais l’appropriation la plus spectaculaire est celle opérée sur le royaume du Maroc. Voici le détail en nombre de km² de cette spoliation, pour la première fois révélée dans la presse :
Province de Touat, incluant Gourara – Tidikelt – In Salah : selon les dossiers coloniaux du service géographique de l’Armée : jusqu’à 450 000 km² si on inclut les zones nomades des ksour marocains.
Ce bloc de territoires sahariens est le cœur des territoires marocains attribués à l’Algérie.
Région de Tindouf – Hassi Beïda – Hassi Khebbi : de 100 000 à 120 000 km². Cette zone fut marocaine sans contestation jusqu’au début du XXe siècle. Les estimations modernes de la CIA et des cartographes français convergent : environ 110 000 km².
 Région de Tlemcen – Mascara – Colomb-Béchar – Kenadsa – Abadla :  de 80 000 à 90 000 km². Colomb-Béchar fut administrée par la France tantôt depuis l’Algérie, tantôt depuis le Maroc, notamment de 1884 à 1902).

On arrive à un total approximatif d’entre 530 000 à 620 000 km², c’est-à-dire environ un quart de l’Algérie actuelle.

Il manque donc 1,5 à 1,9 million de km² pour parvenir à l’Algérie actuelle. Ces trois quarts seront conquis entre 1870 et 1902, principalement lors de l’annexion du Touat, du Tidikelt et du Gourara entre 1900 et 1902, et des territoires des quatre autres pays limitrophes. Autrement dit, le Maroc a perdu environ 55 % de son territoire, principalement entre 1845 (Lalla Maghnia) et 1902 (prise de Touat). Et ce fut la naissance de « l’invention du Sahara algérien ».
Le Sahara n’appartenait pas à l’Algérie.
Il ressort de ces archives que le Sahara ne relevait absolument pas de l’Algérie avant 1902.
Les Ottomans n’y exerçaient aucun acte de souveraineté.

Le même constat est fait également concernant la Kabylie, territoire montagneux à l’accès difficile que les Ottomans ont toujours dédaigné : « L’incapacité à penser l’Algérie comme une entité étatique constituée, l’occupation d’enclaves séparées par de larges territoires non accessibles (la Kabylie notamment), les incertitudes sur le projet colonial lui-même caractérisent la décennie qui suit le débarquement. » Il n’y a aujourd’hui aucune trace des Ottomans en Kabylie, ni toponymie, ni bâtisse officielle, ni autorité beylik ancienne, et cela explique en grande partie les revendications du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), indépendantiste, fondé en 2001 par le poète et chanteur lyrique Ferhat Mehenni.

Les Ottomans n’exerçaient leur souveraineté que jusqu’aux limites du Tell ». Même au moment où Bugeaud achevait cette conquête du Tell en 1847, le Sahara demeurait totalement étranger à la colonie.
Le Sud profond – Saoura, Touat, Gourara, Tidikelt – est un angle mort. Il fonctionnait selon des logiques radicalement étrangères au monde ottoman. Les zaouïas, « notamment celles du Tafilalet et du Drâa, structuraient le paysage politique ». La souveraineté commerciale, portée par les caravanes, était tournée vers le Tafilalet marocain, jamais vers Alger. De même pour la souveraineté fiscale : « les oasis versaient des dons, ziyara ou redevances ponctuelles au Makhzen marocain ».

Il n’existe aucune trace du rattachement de ces vastes territoires à Alger. « Les Français découvrent un système de dépendances et de relations qui n’a rien à voir avec l’organisation ottomane ».

Le Sahara aujourd’hui algérien était historiquement rattaché aux autorités chérifiennes du Maroc (dynasties mérinide, wattasside, saadienne, alaouite). Les qadis (magistrats) étaient formés dans les cercles de Fès. Les qaïds (gouverneurs) étaient nommés par les sultans marocains. Les caravaniers appartenaient aux réseaux du Tafilalet. Aucune source ottomane ne fait mention du Touat comme territoire de la Régence d’Alger.

Ainsi, « la connaissance imparfaite du pays est utilisée pour construire une Algérie en fonction des besoins de la colonisation ». Les Français héritent d’une régence sans territoire, sans frontières définies, sans administration étendue. La colonisation a donc dû inventer un espace, le remplir, le nommer, le mesurer, puis le rattacher à une entité administrative. C’est cette construction – et non une réalité historique antérieure – qui fonde l’Algérie contemporaine. Les Bureaux arabes constatent que le pouvoir d’Alger ne dépasse pas les zones densément peuplées du Nord.

La conquête du Sahara

En 1847, la France célèbre la fin de la « conquête de l’Algérie ». En réalité, la Kabylie est encore indépendante (prise en 1857), le Mzab est indépendant (conquis en 1882), le Sahara est totalement entre les mains du Royaume chérifien (conquis entre 1882 et 1902) le Touat, le Tidikelt, le Gourara ne tomberont qu’en 1900-1902. Autrement dit : en 1847, 80 % de l’Algérie actuelle échappe à la France. Le Sahara – les quatre cinquièmes de l’Algérie actuelle – n’a toujours pas été conquis. La France détient le littoral, les plaines du Tell, les capitales beylicales.

La chute du Second Empire en 1870 marque un tournant géopolitique majeur en France. Jusqu’alors, l’Algérie n’est qu’une colonie côtière, un prolongement européen au sud de la Méditerranée. Mais la République, dans une logique d’expansion continentale, cherche à relier ses possessions d’Afrique du Nord à celles d’Afrique de l’Ouest. Le Sahara devient soudain un enjeu stratégique majeur. Paris veut créer un « continuum territorial du Maghreb au Soudan français » et c’est dans ce contexte que « naît l’idée d’un Sahara algérien ».

Dans les archives militaires, le constat est récurrent : le Sahara n’est pas connu, donc il faut le cartographier pour le posséder. Des missions d’exploration militaires vont s’atteler à produire des croquis, des cartes, des relevés topographiques et, peu à peu, transforment le désert en un espace administrable. À partir de 1880, un nouveau récit apparaît dans les rapports militaires : « Le Sahara appartient naturellement à l’Algérie ». L’enjeu était de donner une assise territoriale à la colonie en formation », la France décrétant qu’il doit appartenir à l’Algérie.

Entre 1800 et 1900, la conquête militaire se prépare. Durant cette période, des garnisons apparaissent à Laghouat, Ghardaïa, Biskra ; des colonnes avancent vers la Saoura ; les officiers établissent les premières cartes précises du Touat. La France prépare la dernière phase de l’annexion. Une partie du Sahara, la plus importante, encore autonome en 1899, se verra prise en trois ans. L’Algérie actuelle naît entre 1900 et 1902, et non en 1830.

En 1900, le commandant Cottenest prend In Salah, capitale religieuse du Tidikelt et ville la plus méridionale dans le Sahara. Cette prise ouvre à la France la porte du désert vers l’Afrique. Les Marocains tiennent plusieurs mois, mais la supériorité française est écrasante : artillerie, mitrailleuses, renforts levés à Alger. In Salah tombe. Le Tidikelt est annexé.

En 1901, les Français lancent une opération majeure : prendre le Touat et le Gourara, les deux oasis les plus importantes du sud-ouest algérien. Les structures religieuses sont démantelées, les zaouïas placées sous surveillance, les gouverneurs du sultan marocain destitués ou assassinés. En quelques mois Aoulef tombe, ainsi que Timimoun, Adrar, Tamentit, Ouled Saïd. Le rattachement est immédiat.

Paris publie alors une série de décrets intégrant ces territoires dans les départements algériens. La perte du Touat par le Maroc marque un basculement géopolitique majeur.

En 1902, la France proclame la fin de la conquête saharienne. La France peut désormais rédiger les premières cartes d’un territoire continu allant de la Méditerranée jusqu’au Niger.
Le Maroc perd son espace saharien oriental. L’Algérie gagne 1,5 à 1,9 million de km². La carte du Maghreb est redessinée artificiellement. Des populations sahariennes autonomes sont intégrées de force à l’Algérie française. Sans le Touat, le Tidikelt, le Gourara, l’Algérie serait un pays d’environ 600 000 km².

En 1905, Paris impose au Maroc un traité reconnaissant l’annexion du Touat, du Tidikelt et du Gourara par l’Algérie française. Le Maroc est affaibli. Il ne peut s’opposer. La France coupe définitivement les liens historiques entre le Tafilalet et le Sahara oriental.

62 ans plus tard, l’Algérie indépendante continue de brandir comme héritage historique une carte que ses ancêtres n’ont jamais dessinée, et dont elle revendique la sacralité comme si elle relevait d’un droit divin. Pourtant, sous la poussière des archives coloniales, une évidence demeure : l’Algérie actuelle n’est pas le produit de l’histoire, mais celui d’un legs colonial.
En 1962 la France a offert à l’Algérie, devenue indépendante, un immense territoire qui ne lui appartenait pas et dont elle tire depuis sa principale ressource, ces plus importants profits : le pétrole et le gaz.
Jamais ce proverbe n’a jamais été à ce point d’actualité : « Fais du bien à Bertrand (à l’Algérie) il te le rend en caguant ».

Manuel Gomez

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