Posté Par :Pieds Noirs 9A ..Dans histoire !.
L'emprise du FLN dans le milieu de la pègre à la fin des années 1950 et au début des années 1960 Brendan Kemmet et Stéphane Sellami ont publié Maghreb connection aux éditions Robert Laffont. Ils ont monté les plus gros braquages, ont pris part à des casses retentissants, se sont livrés au racket dans les beaux quartiers, ont trempé dans des règlements de comptes, la prostitution ou le trafic international de stupéfiants. Originaires des faubourgs de Tunis, d'Oran ou de Kabylie, ou bien fils d'immigrés venus chasser leur misère en France, ils ont laissé une empreinte profonde sur le "milieu" français. La fin des années 1950 et le début des années 1960, plongées dans la guerre d'Algérie, est une période de sang aussi en métropole. Après le conflit meurtrier entre " messalistes " et pro-FLN pour l'hégémonie chez les indépendantistes, suit le racket systématique des commerçants algériens de France. Et les proxénètes n'y échappent pas. Les récalcitrants sont mis au pas, ou tués. Rue au Maire, dans le 3e arrondissement de Paris, " des caves de tortures " ont été découvertes, rapporte le vice-président du conseil général de la Seine et futur député gaulliste Robert-André Vivien. Des lieux " où maints "souteneurs" nord-africains rétifs ont dû passer quelques mauvais moments ". Les rafales de mitraillette se multiplient à la Goutte-d'Or, ou ailleurs. En 1957, un "Nord-Africain", " souteneur notoire ", perd la vie dans une fusillade visant un bar-hôtel bordelais. |
La même année, un café de la rue de Chartres est mitraillé. Dans la foulée, trois gérants d'un même bistrot, rue de Charenton (12e ), sont " abattus à coups de revolver ", dans l'indifférence presque générale. "On parlait d'un tribunal clandestin FLN du côté de la rue de Chartres. On s'est aperçu par la suite que les caves du quartier communiquaient entre elles", écrit l'ancien de la BRB, Gérard Billy, qui a grandi à la Goutte-d'Or et débuté dans la police à la " vigie Fleury ", située sous un claque rue de Fleury, une ruelle perpendiculaire au boulevard de la Chapelle. " Certains soirs, on ne savait pas très bien, dans la pétarade générale, s'il s'agissait d'affaires de souteneurs, Corses contre Nord-Africains, ou d'affaires du FLN. D'autant plus que, bien souvent, elles tenaient des deux ", commente Louis Chevalier. " Les proxénètes musulmans ne sont pas forcément des militants du FLN ", notait cependant en 1961 au ministère de l'Intérieur le Service de coordination des informations nord-africaines cité par Jean-Paul Brunet, dans son livre Police contre FLN. " Mais le mouvement utilisait méthodiquement les réseaux de prostitution métropolitains que des Algériens avaient réussi à prendre en main, relève ce dernier. « Il eût été bien étonnant que le FLN, en dépit de l’affectation de vertu musulmane dont il tente souvent de colorer ses exactions […], ne se soit point avisé de prélever largement sa part de ce pactole », écrit pour sa part Robert-André Vivien en 1960. « C’est bien en effet ce qui s’est produit et les “barbeaux”, taxés à 15 000 francs par mois d’abord, le sont parfois jusqu’à 15 000 par semaine maintenant. » L’élu gaulliste au franc-parler légendaire estime que ces « nouveaux venus » drainent une « partie considérable » du « chiffre d’affaires énorme de la prostitution », à Paris et « dans d’autres grandes villes ». Mais, s’interroge Vivien, « combien de centaines de millions, sur les cent et quelques milliards auquel on estime le chiffre d’affaires annuel de la prostitution, tombent désormais dans des poches nord-africaines… où il ne reste pas longtemps ? » Car le Front de libération nationale est à l’affût. « Les milieux du proxénétisme sont étroitement surveillés par le FLN et les petits souteneurs qui ne parviennent pas à acquitter leurs lourdes impositions sont impitoyablement éliminés », confirme Jean-Paul Brunet. Comme celui-ci, protecteur d’une Georgette, retrouvé étranglé et avec « de nombreuses blessures à la tête », en février 1961 dans le bois de Meudon. Il n’avait pas pu payer les 20 000 francs et 25 pistolets que lui réclamait le FLN. La contre-offensive policière sera terrible et mènera à la répression de la manifestation du 17 octobre 1961. Juste avant, le sombre préfet Papon ordonne : « Le pavé de Montmartre devra être débarrassé massivement » de « tous les proxénètes algériens ». À noter que d’autres souteneurs choisiront le camp adverse du FLN, comme à Marseille, un dénommé Bouchrara, qui passa de la sûreté urbaine à la DST (direction de la surveillance du territoire), l’ancêtre de la DGSI. Un renfort sans doute bienvenu tant la police semble peiner à cette époque à recruter des indics. « De multiples difficultés se font jour qui tiennent à ce qu’un milieu nord-africain est infiniment moins pénétrable que celui avec lequel elle avait établi jusqu’alors les contacts qui lui paraissaient convenables », explique à l’époque Robert-André Vivien. Le racket révolutionnaire a laissé des traces et a perduré à la Goutte-d’Or. « La “Casbah de Paris” est mise en coupe réglée par des bandes agissant non plus pour des raisons politiques mais pour leur compte personnel », révèle le journaliste du Monde James Sarazin, quinze ans après la fin de la guerre d’Algérie. « Les maisons d’abattage de la rue de Chartres et de la rue de la Charbonnière […] paient ainsi leur tribut à plusieurs équipes de voyous décidés sachant jouer du pistolet ou du rasoir, et on ne compte plus une prostituée du secteur qui ne soit “protégée” par une ou plusieurs équipes. » Il cite le cas d’une bande dirigée par Mohammed B., « né en 1936, sans profession ni domicile connus » qui avec trois acolytes, Haïn E., dit Chérif ou Abderahmane, Abdelkrim A., dit Saïd ou Mustapha, et Mohamed A., dit Dominique, « écument » les « cafés arabes » du département des Yvelines. Après « mise en condition », ils demandent d’abord 200 000 anciens francs, puis 500 000 avant de tomber en 1969 sur dénonciation anonyme tant ils étaient redoutés. Trafics, bombe et fusillade au London Bar Au-delà de Barbès et de la Goutte-d’Or, les voyous nord-africains – algériens dans leur majorité – semblaient déjà bien implantés à Pigalle, avant même la mort du footballeur Labalette.
Extrait du livre de Brendan Kemmet et Stéphane Sellami, « Maghreb connection », publié aux éditions Robert Laffont |

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